2020, année noire pour le crédit immobilier en France ?

Résumé : Ces dernières années, l’accès des particuliers au crédit immobilier a été grandement facilité par le recul impressionnant des taux d’intérêt. Les prêts ont atteint des chiffres records, jusqu’à 1,3 millions de crédits accordés – d’autant que les établissements bancaires, engrangeant moins de bénéfices par prêt, ont cherché à en accorder beaucoup plus. Face à cette profusion de crédits, et de peur de voir se produire une crise de surendettement, les institutions régulatrices ont tiré la sonnette d’alarme : les conditions d’accès au crédit seront raffermies en 2020.

Pourquoi restreindre l’accès aux crédits immobiliers ?

Comme l’explique cet article, les risques d’un excès de surendettement sont notamment de voir éclater une crise semblable à celle des subprimes aux Etats-Unis en 2007. Les banques y avaient accordé trop facilement des crédits à risque aux ménages, lesquels garantissaient le remboursement de leur prêt en hypothéquant leur maison. Résultat : lorsque les prix de l’immobilier ont baissé, les banques n’ont plus pu se rembourser en vendant les biens acquis.

Estimant trop important le poids de l’endettement dans les finances des ménages et craignant qu’une telle crise ne se produise en France, le Haut Conseil de Stabilité Financière et la Banque de France ont décidé d’encadrer davantage l’accord de prêts par les banques.

Les prix de l’immobilier en hausse sur le territoire français

A ce niveau-là, pas de panique à l’heure actuelle : les prix de l’immobilier sont en hausse en 2019 ! Les trois villes de plus de 100 000 habitants les plus touchées par cette inflation sont :

  • Villeurbanne : +12,7%, maintenant 3 450 € du m²
  • Brest : +12%, 2 014€ du m²
  • Angers : +11%, 2 346 € du m²

Le top 10 établi par le site Se Loger compte également Rennes, Nantes, Toulouse, Mulhouse, Tours, Lyon, Metz et Le Mans.

“100 000 ménages exclus de l’accession au crédits immobilier en 2020” : info ou intox ?

Ce chiffre, que l’on retrouve dans de nombreux médias, a été avancé par Michel Mouillart, professeur à l’université Paris-Ouest et responsable de l’Observatoire des crédits aux ménages. Selon lui, la proportion de ménages qui pourraient se retrouver privés d’attribution d’un crédit immobilier s’élèverait donc à 10% du nombre de crédits accordés l’an dernier (qui était d’environ un million).

Les autorités financières demandent en effet aux banques :

  • de ne plus prêter de l’argent sur une durée supérieure à vingt-cinq ans ;
  • de restreindre l’accord de crédits sans apport personnel ;
  • de ne plus dépasser le taux d’endettement recommandé de 33%.

C’est un chiffre que la Banque de France et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution ont réfuté, arguant notamment que les banques auront une marge de dérogation à ces nouvelles conditions d’environ 15%.

100 000 ménages privés de crédit

Des restrictions qui pénalisent principalement les primo-accédants

Le problème de ce durcissement est qu’il pénalise grandement les primo-accédants, c’est-à-dire les personnes qui n’ont jamais acquis de bien immobilier auparavant et veulent accéder pour la première fois à la propriété. Ces personnes n’ont donc généralement pas d’apport, ou très peu, et s’endettent sur plus longtemps pour pouvoir étaler leur emprunt et réduire le montant de leurs mensualités. Les autorités financières préconisent donc que la marge de souplesse de 15% accordée aux établissements bancaires dans l’attribution des crédits profite aux ¾ à ces fameux primo-accédants.

A noter

Ces restrictions touchent également certains investisseurs aisés : ce sont ceux dont le taux d’endettement dépassait souvent les 33% préconisés, puisque leur reste à vivre était toujours largement suffisant avec un ratio plus élevé.

Primo accédants pénalisés

Alors, quelles perspectives pour le marché de l’immobilier ?

Si vous avez pour projet d’investir dans l’immobilier, mieux vaut vous lancer maintenant si vous le pouvez et répondez aux critères établis par la Banque de France et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Et ce, pour deux raisons : les prix des logements devraient continuer à augmenter, bien que moins rapidement que cette année (cette hausse devrait être de 2 à 4% selon les villes), et si les restrictions ne sont aujourd’hui que des recommandations, elle pourraient bientôt devenir des obligations pour les banques.

 

En savoir plus :

  • « Les 10 grandes villes où le prix immobilier a le plus augmenté en 2019 », SeLoger.com, 08/01/2020 (https://edito.seloger.com/actualites/barometre-lpi-seloger/10-grandes-villes-prix-immobilier-a-plus-augmente-2019-article-35512.html)
  • « Le temps se couvre sur l’investissement immobilier », LeMonde.fr, 05/02/2020 (https://www.lemonde.fr/argent/article/2020/02/05/le-temps-se-couvre-sur-l-investissement-immobilier_6028422_1657007.html)
Redactor

Written by deborah

Mis à jour le 11 Juin, 2020