Quel impact aura la suppression de l'ARENH sur les TRVE 2026 ?
Annoncé par la CRE en avril 2025, le mécanisme de l'ARENH (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique) prendra fin le 31 décembre 2025. Grâce à un modèle prédictif créé en étudiant la méthode de construction des TRVE (Tarifs Réglementés de Vente d’Électricité), nous sommes en mesure non seulement d'estimer le montant des TRVE pour les années à venir mais aussi d'analyser les effets à attendre de modifications règlementaires telles que cette suppression du dispositif ARENH.
Table of Contents
Avec ou sans ARENH : quelles évolutions pour les TRVE 2026 ?
Qu'est-ce que l'ARENH et quel est son rôle dans les TRVE ?
Instauré par la loi n°2010-1488 le 7 décembre 2010, le dispositif ARENH permettait aux fournisseurs alternatifs de s'approvisionner en
électricité auprès des centrales nucléaires historiques d'EDF à un prix de 42€/MWh.
L'ARENH ayant constitué un élément majeur dans la composante d'approvisionnement en énergie des TRVE, la fin du
dispositif engendre des questionnements légitimes sur l'impact à en attendre sur les factures des
ménages notamment. Cela préoccupe d'autant plus que, pour un client au TRVE, les droits ARENH représentent
près de 43,8% de sa consommation en 2025 d'après la délibération n°2025-10 à la page 7.
Les différences sur le prix du kWh
Ainsi, la suppression de l'ARENH dès 2026 affectera significativement la méthode de calcul des TRVE et donc leurs
montants étant donné que les fournisseurs d'énergie devront désormais s'approvisionner en totalité sur les
marchés. Quel impact devons-nous donc attendre sur l'évolution des TRVE ? Notre modèle prédictif nous a
justement permis d'estimer le montant qu'aurait atteint les TRVE sans disparition de l'ARENH.
Voici comment se positionnent nos deux estimations (avec et sans ARENH) au regard des niveaux historiques du
Tarif Bleu :
actuel. Toutefois, cette baisse sera plus faible que ce qu'elle n'aurait été si le mécanisme de l'ARENH
avait été maintenu.
Le graphique ci-dessous met en parallèle l'historique de nos prédictions des prix du kWh moyens - avec et
sans ARENH - du Tarif Bleu résidentiel TTC en 2026. Il est mis à jour quotidiennement avec
l'ajout de notre dernière estimation, affinée par les nouvelles données des prix de l'énergie de 2025
qui sont connus au jour le jour.
chaque profil de consommation (base, heures pleines/heures creuses et Tempo) pondérée sur le poids de la consommation
de chacun.
D’après les dernières données disponibles en date du 10/04/2026, nous estimons ainsi que la suppression de
l'ARENH engendrera une augmentation de 9,93% de la part variable
(prix kWh) du Tarif Bleu résidentiel moyen TTC en 2026 par rapport au niveau qu'il aurait atteint sans
l'arrêt du dispositif. À noter que pour les estimations des montants avec ARENH, nous considérons que le taux
d'écrêtement de 2026 serait le même que celui de 2025.
les fournisseurs d'énergie déclarent le volume de droits ARENH qu'ils souhaitent obtenir en fonction de leurs besoins
et de leur portefeuille de clients. Or, si le volume total demandé par l'ensemble des fournisseurs dépasse le plafond
annuel ARENH (fixé à 100 TWh), un « taux d'écrêtement » est appliqué afin de répartir équitablement les droits ARENH
entre les fournisseurs.
Le coût global de la suppression de l'ARENH
À ce jour, nos estimations montrent que pour la totalité des 19,4 millions de consommateurs au Tarif Bleu,
le coût de la suppression de l'ARENH s'élève à 1 030,2M €. En effet,
nous estimons que le montant total TTC de ce qui est facturé avec ARENH est d'environ
21 483,5M € alors qu'il sera de
22 513,7M € une fois le mécanisme de l'ARENH supprimé.
L'impact de la suppression de l'ARENH sur les factures des ménages
L'option base
D'après nos estimations, un client ayant souscrit l'option base du Tarif Bleu et ayant une puissance de
compteur de 6kVA paierait une facture annuelle de
580,95€ en 2026 si le mécanisme d'ARENH n'avait pas été supprimé
soit :
- -25,93€ de moins que ce qu'il
paiera effectivement en 2026 sans ARENH d'après nos estimations
(-4,27%) ; - -37,02€ de moins que ce qu'il paye
actuellement en 2025 (-5,99%).
dans le calcul de la facture est de 2213,28 kWh pour le profil Base avec une puissance de compteur de
6kVA.
Retrouvez la grille tarifaire que nous estimons pour l'option base en 2026 si l'ARENH n'avait pas
été supprimé :
Grille tarifaire estimée du TRVE 2026 TTC en option base au 11/04/2026 avec ARENH | ||
|---|---|---|
Puissance de compteur | Abonnement mensuel | Prix du kWh (en cts €) |
3kVA | 11,43€ | 18,11€ |
6kVA | 15,00€ | |
9kVA | 18,80€ | |
12kVA | 22,60€ | |
15kVA | 26,18€ | |
18kVA | 29,73€ | |
24kVA | 37,51€ | |
30kVA | 44,89€ | |
36kVA | 52,48€ | |
L'option heures pleines/heures creuses
D'après nos estimations, un client ayant souscrit l'option heures pleines/heures creuses du Tarif
Bleu aurait payé une facture annuelle de 819,03€ en 2026 si le
mécanisme d'ARENH n'avait pas été supprimé. Ceci représente :
- -55,93€ de moins que ce qu'il
paiera effectivement en 2026 avec la suppression de l'ARENH d'après nos estimations
(-6,39%) ; - -87,11€ de moins que ce qu'il paye
actuellement en 2025 (-9,61%).
moyenne que nous utilisons dans le calcul de la facture est de 3798,19 kWh pour le profil heures pleines/heures
creuses avec une puissance de compteur de 6kVA.
Retrouvez la grille tarifaire estimée pour 2026 avec ARENH ci-dessous :
Grille tarifaire estimée du TRVE 2026 TTC en option HPHC au 11/04/2026 avec ARENH | |||
|---|---|---|---|
Puissance de compteur | Abonnement mensuel | Prix du kWh en heures pleines (en cts €) | Prix du kWh en heures creuses (en cts €) |
6kVA | 15,32€ | 20,58€ | 11,78€ |
9kVA | 19,29€ | ||
12kVA | 23,11€ | ||
15kVA | 26,68€ | ||
18kVA | 30,39€ | ||
24kVA | 38,31€ | ||
30kVA | 45,55€ | ||
36kVA | 52,84€ | ||
L'option Tempo
Retrouvez ci-dessous la grille tarifaire estimée de l'option Tempo du Tarif Bleu d'EDF en 2026 avec
ARENH :
Grille tarifaire estimée du TRVE 2026 TTC en option Tempo au 11/04/2026 avec ARENH | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
Puissance de compteur | Abonnement mensuel | Prix du kWh (en cts €) | |||||
Jours bleus heures creuses | Jours bleus heures pleines | Jours blancs heures creuses | Jours blancs heures pleines | Jours rouges heures creuses | Jours rouges heures pleines | ||
6kVA | 15,04€ | 10,31€ | 12,32€ | 11,53€ | 14,14€ | 12,06€ | 50,58€ |
9kVA | 18,93€ | ||||||
12kVA | 22,67€ | ||||||
15kVA | 26,13€ | ||||||
18kVA | 29,74€ | ||||||
30kVA | 44,74€ | ||||||
36kVA | 52,63€ | ||||||
Opinion : la suppression de l'ARENH est-elle une mauvaise chose ?
Ce mécanisme de l’ARENH avait pour avantage de faire bénéficier les consommateurs de prix plus
avantageux à la fois directement via les TRVE qui étaient précédemment calculés en prenant en compte
l’ARENH et, indirectement, via les dotations ARENH accordées aux fournisseurs alternatifs. Le dispositif a quand même
fait l’objet de quelques controverses, notamment dans le cas extrême de la crise de l’énergie, et
était critiqué par EDF car il réduisait ses recettes.
La disparition de ce système, parfois incompris et mal aimé d’EDF, aura le mérite de permettre au
fournisseur historique d’investir dans les nouveaux EPRs nécessaires.
Pour remplacer le mécanisme de l’ARENH, le VNU (versement nucléaire universel) sera mis en place en 2026, système
qui ne protégera partiellement les consommateurs qu’en cas de forte hausse du prix de l'énergie.
Le VNU : un mécanisme différent de celui de l’ARENH
Le VNU entrera en vigueur au 1er janvier 2026 avec pour objectif de protéger les consommateurs en
cas d’envolées des prix de l’énergie.
Présenté dans l’article 4 du projet de loi finances 2025, le VNU consiste à mettre en place un
système de taxation progressive d’EDF à 2 paliers basé sur les coûts complets de production du
nucléaire (estimés à 60,3€/MWh sur la période 2026-2028, source : CRE).
- Entre 65,3 et 85,3€/MWh de revenus issus par le parc nucléaire (coûts de production + entre 5 et
25 €/MWh), appelé seuil de taxation, l’État prélèvera à EDF une taxe correspondant à 50%
des revenus générés. - Si les revenus sont situés entre 95,3 et 111,3€/MWh (coûts de production + 35 à 55 €/MWh),
considéré comme le seuil d’écrêtement, la taxe atteindra 90% des revenus.
Les sommes prélevées par l’Etat seront reversées aux consommateurs via leurs fournisseurs. Compte
tenu des estimations de prix, il est toutefois très peu probable que les consommateurs perçoivent le
moindre centime grâce au VNU, celui-ci ne s’appliquant réellement qu’en cas de prix de l’énergie très élevés.
effectuée par la CRE avant l’année civile de livraison selon une méthodologie détaillée dans la délibération n°2025-219. Pour 2026, la CRE estime actuellement 23,790
Mds€ de revenus au total soit 66,08€/MWh.
La fin de l’ARENH : une décision politique
La suppression de l’ARENH émane d’une décision politique visant à combler le manque à gagner
d’EDF qui, pendant des années, a vendu aux consommateurs (directement via le tarif réglementé et
indirectement via l’ARENH attribuée aux fournisseurs alternatifs) de l’énergie issue de la production nucléaire à un
prix plus faible que celui du marché.
Comme évoqué plus haut dans notre article, le poids financier induit par la suppression de l’ARENH, sans tenir compte
du mécanisme du VNU, sera supporté par les consommateurs finaux. Pour EDF, cela permettra de
financer les nouveaux EPRs.
L’ARENH : un mécanisme controversé
Un système avantageux pour les consommateurs et les fournisseurs alternatifs
Lors de sa mise en place en 2011 dans le cadre de la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de
l’électricité), le dispositif ARENH visait à encourager la concurrence en donnant accès à tous les
fournisseurs à l'énergie du parc nucléaire français, qui avait été construit lors de la période monopolistique d’EDF,
au même titre qu’EDF.
Ce mécanisme permettait aussi de protéger les consommateurs de la volatilité des prix du marché de
l’énergie puisque le prix était fixé.
L’ARENH faisait également l’objet de nombreuses critiques
Les consommateurs qui bénéficiaient le plus de ce système étaient en réalité les professionnels qui
percevaient une part d’ARENH plus importante que les autres profils. En seconde position, les foyers au Tarif
Bleu ayant souscrit l’option base qui bénéficiaient d’environ 1 tiers d’énergie issue de l’ARENH (source :
page 8 de l'Annexe A sur la Méthode de construction des tarifs réglementés de vente
d’électricité).
Parmi les critiques récurrentes de l’ARENH figurait également l’« optionnalité » : le fait que les
fournisseurs pouvaient recourir à l’ARENH quand les prix de marché étaient élevés et s’en passer lorsque les prix
étaient bas, créant ainsi une asymétrie d’incitation et des effets d’aubaine.
Une autre critique du mécanisme de fonctionnement de l’ARENH se porte sur l’usage abusif de quelques
fournisseurs alternatifs ayant demandé et perçu plus de droits ARENH que ce que leur portefeuille de
clients nécessitait. Ces abus bien réels ont porté toutefois sur un pourcentage minime de l’ARENH
(quelques pourcentages au maximum), et ce en 2022-2023, au cœur de la crise de l’énergie.
Enfin, le prix de l’ARENH n’ayant été révisé qu’une fois depuis sa création en 2011 pour passer de 40€/MWh à 42€/MWh le
1er janvier 2012, cela constitue une autre limite à ce mécanisme. En effet, même si pendant la crise de l’énergie le
prix de l’ARENH s’est retrouvé très en dessous des prix de marché, il a parfois été plus élevé comme
le montrent les graphiques ci-dessous.
Cette envolée des prix sur 2022-2023 ont été engendrés d’une part par la guerre en
Ukraine qui a beaucoup fait augmenter les prix dans tous les pays européens suite à la baisse des
importations de gaz russe. Or, le prix de l’électricité étant défini par la dernière centrale de production
appelée et puisqu’il s’agit souvent d’une centrale à gaz, mécaniquement, les prix de l’électricité ont
explosé.
D’autre part, la hausse spectaculaire des prix a été largement amplifiée en France par une chute
catastrophique de la production du parc nucléaire d’EDF. Parallèlement, le manque de précipitations durant
l’hiver 2021-2022 a réduit la production hydraulique. Au pire moment de la crise, en 2022, la production
nucléaire est tombée à 279 TWh soit une baisse de 81,7 TWh par rapport à 2021 sur une consommation
nationale de 453 TWh. Cette différence a dû être importée au prix fort et, pour la première fois depuis 1980,
la France a été importatrice nette d’électricité.
Cette chute drastique est due à la fermeture de 32 des 56 réacteurs nucléaires au pire moment de la
crise pour réaliser des réparations liées au phénomène de “corrosion sous contrainte”.
Pour conclure, la suppression de l’ARENH marque un tournant dans la régulation du marché français de
l’électricité. Si le dispositif présentait des avantages indéniables pour les consommateurs, ses limites
pendant la crise et ses effets sur la rentabilité d’EDF via les baisses de prix qu’il engendrait ont conduit les
autorités à une refonte du modèle.